REGARD SUR NOS COLLECTIONS

Regard sur les collections du musée par Christophe Martin, auteur et metteur en scène : quand peinture et littérature se rencontrent. 

La collection compte un magnifique ensemble de 12 encres sur papiers réalisées par l'artiste chinois Peï Zhang Yang, en 1995. Ces peintures ont été inspirées par la nouvelle de Marguerite Yourcenar Comment Wang-Fô fut sauvé, et illustre ce formidable récit publié dans Les nouvelles orientales en 1938. 

Christophe Martin a choisit pour chacune des 12 encres un extrait de la nouvelle et vous propose de découvrir les œuvres de Marguerite Yourcenar et  Peï Zhang Yang à travers son regard personnel. 

Partenariat réalisé dans le cadre du Contrat Local d'éducation artistique de le Communauté de Commune de Flandre intérieure, édition 2020. 

Ce sac, aux yeux de Ling Pheï Zhang Yang

Extrait 1

Ce sac, aux yeux de Ling

« Le vieux peintre Wang-Fô et son disciple Ling erraient le long des routes du royaume de Han. Ils avançaient lentement, car Wang-Fô s’arrêtait la nuit pour contempler les astres, le jour pour regarder les libellules. Ils étaient peu chargés, car Wang-Fô aimait l'image des choses, et non les choses elles-mêmes, et nul objet au monde ne lui semblait digne d’être acquis, sauf des pinceaux, des pots de laque et d’encres de Chine, des rouleaux de soie et de papier de riz. Ils étaient pauvres, car Wang-Fô troquait ses peintures contre une ration de bouillie de millet et dédaignait les pièces d’argent. Son disciple Ling, pliant sous le poids d’un sac plein d’esquisses, courbait respectueusement le dos comme s’il portait la voûte céleste, car ce sac, aux yeux de Ling, était rempli de montagnes sous la neige, de fleuves au printemps, et du visage de la lune d’été. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Ce sac, aux yeux de Ling, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste

Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Extrait 2

Ling resta seul dans sa maison...

 

« Quand il eut quinze ans, son père lui choisit une épouse et la prit très belle, car l’idée du bonheur qu’il procurait à son fils le consolait d’avoir atteint l’âge où la nuit sert à dormir. L’épouse de Ling était frêle comme un roseau, enfantine comme du lait, douce comme la salive, salée comme les larmes. Après les noces, les parents de Ling poussèrent la discrétion jusqu’à mourir, et leur fils resta seul dans sa maison peinte de cinabre, en compagnie de sa jeune femme, qui souriait sans cesse, et d’un prunier qui chaque printemps donnait des fleurs roses. Ling aima cette femme au cœur limpide comme on aime un miroir qui ne se ternirait pas, un talisman qui protégerait toujours. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Ling resta seul dans sa maison..., Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste - Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Ling resta seul dans sa maison...
Pheï Zhang Yang, "La marche d'une fourmi"

Extrait 3

La marche d’une fourmi

 

«  Dans la cour, Wang-Fô remarqua la forme délicate d’un arbuste, auquel personne n’avait prêté attention jusque-là, et le compara à une jeune femme qui laisse sécher ses cheveux. Dans le couloir, il suivit avec ravissement la marche hésitante d’une fourmi le long des crevasses de la muraille, et l’horreur de Ling pour ces bestioles s’évanouit. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, La marche d'une fourmi, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste - Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, "Wang-Fô venait de lui faire cadeau d’une âme"

Extrait 4

Wang-Fô venait de lui faire cadeau d’une âme

 

« Alors, comprenant que Wang-Fô venait de lui faire cadeau d’une âme et d’une perception neuves, Ling coucha respectueusement le vieillard dans la chambre où ses père et mère étaient morts. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Wang-Fô venait de lui faire cadeau d’une âme, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste - Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Une princesse d'autrefois jouant du luth

Extrait 5

Une princesse d’autrefois jouant du luth

 

« Depuis des années, Wang-Fô rêvait de faire le portrait d’une princesse d’autrefois jouant du luth sous un saule. Aucune femme n’était assez irréelle pour lui servir de modèle, mais Ling pouvait le faire, puisqu’il n’était pas une femme. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Une princesse d'autrefois jouant du luth, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste

Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Un jeune prince tirant à l'arc

Extrait 6

Un jeune prince tirant de l’arc

« Puis Wang-Fô parla de peindre un jeune prince tirant de l’arc au pied d’un grand cèdre. Aucun jeune homme du temps présent n’était assez irréel pour lui servir de modèle, mais Ling fit poser sa propre femme sous le prunier du jardin. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Un jeune prince tirant à l'arc, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste, Copyright Musée Benoît-De-Puydt.

Extrait 7

Une fée parmi les nuages du couchant

« Ensuite, Wang-Fô la peignit en costume de fée parmi les nuages du couchant, et la jeune femme pleura, car c’était un présage de mort. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Une fée parmi les nuages du couchant, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste, Copyright Musée Benoît-De-Puydt.

Pheï Zhang Yang, Une fée parmi les nuages du couchant,
Pheï Zhang Yang, Leur réputation les précédait dans les villages,

Extrait 8

Leur réputation les précédait dans les villages 

« Leur réputation les précédait dans les villages, au seuil des châteaux forts et sous le porche des temples où les pèlerins inquiets se réfugient au crépuscule. On disait que Wang-Fô avait le pouvoir de donner la vie à ses peintures par une dernière touche de couleur qu’il ajoutait à leurs yeux. Les fermiers venaient le supplier de leur peindre un chien de garde, et les seigneurs voulaient de lui des images de soldats. Les prêtres honoraient Wang-Fô comme un sage ; le peuple le craignait comme un sorcier. Wang se réjouissait de ces différences d’opinions qui lui permettaient d’étudier autour de lui des expressions de gratitude, de peur, ou de vénération. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Leur réputation les précédait dans les villages, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste

Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Il partait à la chasse de paysages timides

Extrait 9

Il partait à la chasse de paysages timides

« Ling mendiait la nourriture, veillait sur le sommeil du maître et profitait de ses extases pour lui masser les pieds. Au point du jour, quand le vieux dormait encore, il partait à la chasse de paysages timides dissimulés derrière des bouquets de roseaux. Le soir, quand le maître, découragé, jetait ses pinceaux sur le sol, il les ramassait. Lorsque Wang était triste et parlait de son grand âge, Ling lui montrait en souriant le tronc solide d'un vieux chêne ; lorsque Wang était gai et débitait des plaisanteries, Ling faisait humblement semblant de l’écouter. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Il partait à la chasse de paysages timides, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste

Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Extrait 10

Ils arrivèrent au seuil du Palais impérial

« Ils arrivèrent sur le seuil du palais impérial, dont les murs violets se dressaient en plein jour comme un pan de crépuscule. Les soldats firent franchir à Wang-Fô d’innombrables salles carrées ou circulaires dont la forme symbolisait les saisons, les points cardinaux, le mâle et la femelle, la longévité, les prérogatives du pouvoir. Les portes tournaient sur elles-mêmes en émettant une note de musique, et leur agencement était tel qu’on parcourait toute la gamme en traversant le palais de l'Est au Couchant. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Il arrivèrent au seuil du Palais impérial, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste

Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Il arrivèrent au seuil du Palais impérial
Pheï Zhang Yang, Le maître céleste était assis

Extrait 11

Le maître céleste était assis

« Le Maître Céleste était assis sur un trône de jade, et ses mains étaient ridées comme celles d’un vieillard, bien qu’il eût à peine vingt ans. Sa robe était bleue pour figurer l’hiver, et verte pour rappeler le printemps. Son visage était beau, mais impassible comme un miroir placé trop haut qui ne refléterait que les astres et l’implacable ciel. Il avait à sa droite son Ministre des Plaisirs Parfaits, et à sa gauche son Conseiller des Justes Tourments. Comme ses courtisans, rangés au pied des colonnes, tendaient l’oreille pour recueillir le moindre mot sorti de ses lèvres, il avait pris l’habitude de parler toujours à voix basse. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Le maître céleste était assis, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste. Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Extrait 12

Et il aida le maître à monter en barque

« Et il aida le maître à monter en barque. Le plafond de jade se reflétait sur l’eau, de sorte que Ling paraissait naviguer à l’intérieur d’une grotte. Les tresses des courtisans submergés ondulaient à la surface comme des serpents, et la tête pâle de l’Empereur flottait comme un lotus. »

Extrait de Comment Wang-Fô fut sauvé, des Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, éditions Gallimard, 1963.

Oeuvre 

Pheï Zhang Yang, Et il aida le maître à monter en barque, Tianjin (Chine), 1995, encre sur papier, 1995 Don de l'artiste. Copyright Musée Benoît-De-Puydt

Pheï Zhang Yang, Et il aida le maître à monter en barque

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