HISTOIRE DU MUSÉE

Riche d'une collection éclectique et d'une histoire mouvementée le musée Benoît-De-Puydt est un lieu à taille humaine qui invite à une expérience immersive dans une maison de collectionneur du 19ème réinventée, à l'exploration du nord de l'Europe à travers le regard d'artistes régionaux et septentrionaux, et à la découverte du territoire de la Flandre.

Peinture - Portrait de Benoît De Puydt - Alexis Bafcop

Une maison de collectionneurs

Le musée Benoît-De-Puydt voit le jour en 1861, grâce à l'importante donation d'un collectionneur éclairé, curieux et passionné, animé par le désir de transmettre et d'instruire. Natif de la ville de Bailleul et riche notable, Benoît De Puydt a collecté tout au long de sa vie un ensemble d'objets d'art témoins des cultures flamande, européenne et asiatique, du Moyen Âge au 19ème siècle, présentés dans une demeure bourgeoise.

À cette collection initiale s'ajoutent acquisitions, dépôts de l’État et générosité de nombreux donateurs, qui permettent au musée d’accroître considérablement le fonds.

Le legs de Louis-Henri Hans (1879), par exemple, est une importante donation de par le nombre conséquent d'objets (82 items), ainsi que par la place qu'il prend malgré dans l'histoire contemporaine du musée, puisque c'est autour de cette donation que naîtra le terme de Tableaux fantômes

Les conservateurs successifs, contribuent eux aussi à enrichir le fonds du musée grâce à des dons issus de leurs collections personnelles. Ainsi Charles Allo, Edward Swynghedauw, ou encore quelques décennies plus tard, Laurent Guillaut, montrent leur attachement au musée et participent à son développement bien au-delà de leur fonction

À l'aube de la Grande-Guerre, le musée rassemble près de 7500 objets et incarne un véritable cabinet de curiosité grandeur nature.

Musée Benoît-De-Puydt en 1914 ©MBDP

Le virage de la Grande Guerre

Les événements qui surviennent à Bailleul pendant la 1ère Guerre Mondiale impactent directement l'histoire du musée et le devenir de ses collections.

Dès 1914, la ville est prise par l'armée allemande, aussitôt récupérée par l'armée britannique qui s'y installe pour toute la durée du conflit. Les alliés demandent alors au conservateur de l'époque, Émile Théodore, de laisser « ce petit Cluny du nord » ouvert et accessible pour les soldats en faction.

L'évacuation survient trop tardivement, et quand au printemps 1918 les bombardements sur la ville s'annoncent inévitables, une infime partie des collections seulement est sauvée dans la précipitation : à peine 10% des objets et œuvres sont évacuées, le reste des collections est laissé sur place, condamné à disparaître.

Rue du Musée du Puydt après la 1ère G.M. ©ArchivesBailleul
Rue du Musée du Puydt après la 1ère G.M. ©ArchivesBailleul
Musée Benoît-De-Puydt en 1914 ©MBDP

Lorsque Émile Théodore vient constater les dégâts à l'hiver 1918, il ne sort des décombres qu'un piédroit de cheminée à tête de Lion, effigie de la Flandre, aujourd'hui toujours présenté au sein du parcours permanent.

Outre cet objet empreint de symboles, les uniques « témoins » rescapés du musée d'avant-guerre sont un ensemble de photographies des salles prises en 1914, et 3 cahiers d'inventaire.

Fragment piédroit de cheminée ©MBDP

Renaître et se réaffirmer : nouvelles acquisitions, nouvelles orientations

 

La décision de reconstruire le musée et de rapatrier les collections est rapidement prise. La reconstruction de Bailleul, détruite à 98%, est orchestrée par Louis-Marie Cordonnier, qui confie à l'architecte Louis Roussel la mission de reconstruire le musée sur son emplacement d'origine.

Conformément au projet municipal adopté par l’Etat en 1920, le bâtiment est reconstruit dans un style néo-flamand, reconnaissable notamment par un habillage en briques et les éléments architecturaux et décoratifs en façade.

 

L'intérieur est une réinterprétation de la demeure bourgeoise d'avant-guerre. Pensée sur 3 niveaux, de fausses cheminées sont disposées à tous les étages, des poutres décoratives habillent les plafonds, et un fac-similé de cuisine flamande est réalisé au rez-de-chaussée. L'agrandissement des salles, et l'installation d'une verrière au 2ème étage pour faire bénéficier l'espace d'une lumière zénithale, confèrent cependant au musée une touche de modernité.

Un jardin clos fait la transition avec l'Académie de dessin, peinture et architecture Benoît-De-Puydt, reconstruite à la même période juste derrière le musée.

 

Les collections évacuées sont rapatriées à Bailleul et grâce aux dommages de guerre de nouvelles acquisitions sont réalisées, selon une politique qui privilégie les œuvres et objets représentatifs du Nord de l'Europe et de la France, empreintes d'une identité septentrionale ou reflétant la Flandre.

 

Le musée ouvre de nouveau ses portes le 15 juillet 1934 et les collections continuent de se reconstituer au fil du temps.

Rez-de-chaussée du musée - Salle B ©MBDP
Place de Bailleul vers 1620 - Savery Jacob II, dit le Jeune (attribué à) ©MBDP

Un musée ancré dans son territoire

Les premiers donateurs comme Benoît De Puydt ou Louis-Henri Hans ont contribué à la diversité du fonds. Hommes de goût, collectionneurs passionnés et ouverts sur le monde, ils amorcent l’éclectisme de la collection et l'ouverture sur de nombreux domaines comme la peinture, la sculpture mais également la céramique, l'objet d'art ou usuel.

 

Aux nombreux donateurs s'ajoute le passé artisanal de la ville. En effet la ville de Bailleul est centre de production de céramique et de dentelle au fuseau. Il n'est donc pas étonnant de trouver des témoins de ces activités dans les collections. Si la céramique bailleuloise vient enrichir un fonds déjà conséquent de porcelaines d'origines géographiques très diverses, c'est la production dentellière qui permet l'ouverture de ce domaine dans les collections, permettant d'y trouver aujourd'hui des exemples de dentelles provenant de différents centres de production à une échelle nationale.

 

L'Académie Benoît-De-Puydt, créée en même temps que le musée, a également son importance puisqu'elle accueille de nombreux artistes, élèves ou professeurs, dont les œuvres constituent une part essentielle des collections de peinture, arts graphiques et sculpture.

Pharaon de Winter en est le plus emblématique, notamment parce qu'il endosse le rôle d'élève, de professeur et de directeur, mais des artistes comme les frères Deturck, Jacques Colpin, Camille Deberdt ou encore Jeanne Ozeel, ont également laissé trace de leur passage et de leur Œuvre.

D'autres personnalités, parfois simplement de passage mais néanmoins attachées à Bailleul et la Flandre, comme Marguerite Yourcenar pour ne citer qu'un exemple, ont également trouvé une place au sein des collections, permettant au musée de se tourner vers des regards contemporains pour continuer d'enrichir son fonds permanent.